Armor-Lux : histoire d’une entreprise bretonne et d’une marinière

Armor-Lux est une entreprise française spécialisée dans la création et la fabrication de vêtements. Célèbre pour sa marinière et ses articles de bonneterie, ses principaux ateliers de production sont localisés à Quimper, en région Bretagne. Créée en 1938 par l’ingénieur suisse Walter Hubacher, la société a été rachetée en 1993 par le tandem Jean-Guy Le Floch et Michel Gueguen, deux anciens cadres du groupe Bolloré. Depuis, l’entreprise finistérienne s’est diversifiée en développant ses activités, notamment dans le secteur de l’habillement professionnel mais aussi en rachetant des filiales textiles. Dans cet article, nous allons nous intéresser à l’histoire de cette marque bretonne, à son évolution, ainsi qu’à son rayonnement dans l’hexagone en devenant symbole du Made in France.

Naissance de la marque Armor-Lux

En 1938, Walter Hubacher, ingénieur suisse, créée « La bonneterie d’Armor », une entreprise locale spécialisée dans la confection de lingerie et de sous-vêtements. Très vite, l’entreprise de Quimper qui souhaite se développer, va se diversifier en fabriquant notamment des vêtements de qualité à destination des marins et des pêcheurs. La marque de fabrique de « La bonneterie d’Armor » réside alors dans l’utilisation de matières premières comme le coton ou la laine. Ses collections de vêtements sont facilement identifiables grâce aux couleurs et aux rayures qui évoquent la mer. En 1940, la firme bretonne fait l’acquisition de sa première machine à tricoter et en 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle achète un terrain pour y implanter un atelier destiné à accueillir cinquante couturières. En 1965, le chef d’entreprise fait l’acquisition d’une teinturerie. Visionnaire, Walter Hubacher souhaite aussi développer la société en s’attaquant, dès 1970, au marché du prêt-à porter, tout en conservant sa qualité de fabrication. Il créé ainsi Armor-Lux, une marque synonyme de qualité et dont le nom évoque la mer et la lumière. Armor-Lux, initialement spécialisée dans la fabrication de sous-vêtements et de pulls marins commence à diversifier sa production et 1982 marque l’année d’ouverture de la première boutique de l’enseigne tricolore. A cette époque, l’entreprise bretonne emploi près de 600 salariés mais la forte concurrence dans le secteur du prêt à porter et les faibles coûts de main d’œuvre en provenance des pays étrangers obligent le fabriquant à réduire ses effectifs. En 1993, Armor-Lux est rachetée par deux entrepreneurs bretons : Jean-Guy le Floch et Michel Gueguen.

La marinière est le produit phare de l'entreprise Armor-Lux
La marinière est le produit phare de l’entreprise Armor-Lux

Le rachat de l’entreprise bretonne en 1993

Les objectifs principaux des deux repreneurs bretons restent la diversification des produits de la marque Armor-Lux, tout en maintenant les emplois en Bretagne. En moins de 10 ans, l’entreprise va connaitre une très forte croissance en voyant son chiffre d’affaires passer de 19 millions d’euros (1993) à 50 millions d’euros (2004) ! De nouvelles marques font aussi leur apparition au sein du groupe comme « Terre et Mer » en 1994, une marque destinée à la clientèle féminine ou encore « Armor Kids » (1997) et « Armor Baby » (1999), deux nouvelles marques destinées aux enfants. Avant son rachat, le catalogue de l’enseigne proposait 300 à 400 nouveaux produits par an. Dix années plus tard, ce sont désormais 1500 produits qui sont proposés chaque année à la clientèle. Pour assurer son développement et sa diversification, l’entreprise de Quimper rachète « Guy de Bérac » en 1993, un spécialiste de la maille et du pull originaire de Troyes. Deux ans plus tard, c’est au tour de « Britain Stock », une entreprise qui fabrique des pulls celtes, d’être absorbée par le groupe. En 2002, Armor-Lux fait l’acquisition de « Bermudes », une entreprise spécialisée dans la fabrication de vêtements techniques de protection. Enfin, en 2004, le groupe breton rachète « La compagnie angevine de la maille » et « Diftex », un groupe originaire de Troyes qui possède les marques « Tricomer », « Lepoutre » et « Chairman ». Parallèlement, Armor-Lux accélère sa capacité de production en Bretagne en construisant une nouvelle usine sur son site de 60 hectares.

L’évolution d’Armor-Lux dans les années 2000

Au début des années 2000, le groupe breton délocalise 40% de sa production à l’étranger, le reste de son activité restant concentré sur ses 2 usines de Quimper (395 salariés) et sur le site de Troyes (60 salariés) permettant à la marque de maîtriser l’ensemble de sa fabrication française. L’entreprise délocalise près de la moitié de sa production au Maghreb, 10% en Europe de l’est et 5% en Inde. Dès 2004, l’enseigne bretonne se lance dans le commerce équitable via l’achat de coton et en 2009, dans l’achat de matériaux issus de l’agriculture biologique via la norme Ecocert. En 2011, elle s’investit dans le développement durable avec une certification ISO 26000. Armor-Lux souhaite aussi faire évoluer sa marque à travers les marchés publics, en proposant notamment des vêtements professionnels aux grandes entreprises françaises. En 2004, la Poste lui confie la fabrication des tenues de ses agents, soit un marché s’élevant à près de 17 millions d’euros, sur cinq ans. En 2007, la SCNF et Aéroports de Paris confient à l’entreprise le soin d’habiller salariés et agents et dès 2008, Armor-Lux habille les fonctionnaires de la police nationale. Ainsi, l’entreprise se verra confier une quinzaine de marchés publics, ce qui représente désormais plus d’un tiers de son chiffre d’affaires. La RATP, JC Decaux, Renault, Monoprix ou encore Carrefour feront appel à Armor-Lux pour habiller leurs collaborateurs.

40% de la production des vêtements Armor-Lux est réalisée en France
40% de la production des vêtements Armor-Lux est réalisée en France

L’histoire de la marinière

Un décret du 27 mars 1858 donne la liste officielle de la marinière, la nouvelle tenue de la marine française que les matelots et quartiers-maîtres devront porter sous leur vareuse (veste de marin). C’est un tricot rayé bleu indigo et blanc. Le corps de la chemise doit compter 21 rayures blanches, deux fois plus larges que les 20 à 21 rayures bleu indigo. Une authentique marinière comporte donc 20 rayures bleu indigo d’une largeur de 10 mm espacées de 20 mm de blanc. Les manches longues de 3/4 ne doivent pas dépasser la veste et comporter 14 rayures bleues espacées de 20 mm. L’encolure évasée de la marinière doit monter au ras du cou. Autrefois fabriquée par les ateliers de la marine nationale, sa fabrication est ensuite confiée aux ateliers d’Armor-Lux situés dans le Finistère et à ceux de Saint-James, une commune proche du Mont Saint-Michel, lorsque l’armée devint une armée de métier. Emblème de la marque bretonne, la marinière, d’origine militaire, est aussi devenue un accessoire incontournable de la mode. Pendant la seconde guerre mondiale, Coco Chanel lancera même une boutique à Deauville mettant en avant le style marin et les marinières courtes. D’autres créateurs de mode comme le styliste Jean-Paul Gaulthier porteront l’emblématique vêtement. Fin des années cinquante, le célèbre tricot devient un élément indispensable du vestiaire féminin. En 2012, la marinière devient aussi un symbole politique lorsque le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, fervent défenseur du « Made in France », pose en marinière Armor-Lux en couverture du Parisien magazine. Cette « une » illustrant un dossier d’une dizaine de pages sur le « savoir-faire français » offrira une belle publicité à la marque bretonne.

Armor-Lux dans le monde

Parallèlement à ses marchés publics, l’enseigne ouvre plusieurs magasins en France afin d’assurer la distribution de ses produits. La première boutique de grande surface est implantée en 2004 à Quimper, suivi de 6 autres boutiques dans les principales villes de Bretagne, comme Lorient ou Concarneau. Une implantation en île-de-France voit le jour en 2011 avec l’ouverture d’un magasin Armor-Lux à Plaisir, dans les Yvelines. En 2012, la firme bretonne ouvre sa première boutique à New-York, ainsi qu’une quarantaine de points de vente dans l’hexagone. Armor-Lux continue aussi de se diversifier en proposant des produits culturels et autres produits liés aux arts de la table. A cette époque, l’ex Miss France Laury Thillemann, originaire de Brest, devient l’égérie de la marque. En 2017, l’enseigne de textile ouvre un point de vente à Hambourg et poursuit son développement à l’internationale en s’implantant notamment en Europe et en Amérique du Nord. En 2021, la société réalise un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros via ses points de vente et son site Internet www.armorlux.com. qui génère, à lui seul, un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. En avril 2022, une boutique Armor-Lux a été inaugurée à Tokyo.

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